Vendredi 6 novembre 2009

          La saison des Prix Littéraires bat son plein, récompensant des écrivains de talent ou couronnant l'ensemble d'une oeuvre.
          Mais savez-vous, qu'il y a bientôt sept siècles, fut créé, à Toulouse, le premier concours littéraire d'Europe sinon du monde?

          L'ACADEMIE DES JEUX FLORAUX.


DU "GAI SAVOIR" à l'ACADEMIE DES JEUX FLORAUX.

      A la Toussaint 1323, à peine un siècle après la croisade contre les Albigeois qui a ensanglanté le Midi de la France; à Toulouse, sept poètes que l'on nomme les " Sept Troubadours", décident, sous l'impulsion de Bernard de Panassac, de renouer avec le lyrisme courtois fait de tendresse et de passion. Ils fondent " Le Consistori del Gay Saber"  ( Consistoire du Gai Savoir). Ils se réunissent avec les Capitouls (1) pour créer un concours de poésie, une oeuvre poétique en Langue d'Oc.

 (1) Capitouls : élus constituant le Conseil Minuciipal; leurs attributions étaient non seulement administratives mais également judiciaires et militaires.




- " Per que nos set, segon la corps   - ( Ce pourquoi nous Sept, selon le cours
Dels trobadours qu'en son passat          Des troubadours du temps passé
Haven a nostra coluntat                       Avons à notre volonté
Il loc miravilhos e bel                          Un endroit merveilleux et beau
On so retrayt mant di noel                   Où l'on récite ùaint dit nouveau
El pus dels dimanges de l'an                 La plupart des dimanches de l'an
...
E per mays e miels enantir                   Et pour plus et mieux avancer
Lo saber qu'es tan ricz e cars                Le savoir si riche et qui nous est cher,
Fram vos saber que totz affars             Vous faisons savoir que toutes affaires
E tot negocis delayshatz                      Et toutes occupations cessantes
El dit loc serem, si Dieu platz               Nous serons audit lieu, s'il plaît à Dieu,
Lo prumer jorn del mes de mays          Le premier jour du mois de mai,
...
E per tal que miels s'alezer                   Et afin que pour mieux se réjouir
Cascus en far obra plazen                    Chacun en fasse oeuvre plaisante,
Dizem que per dreyt jutjamen              Nous disons que par droit jugement
A cel que la fara plus neta                   A celui qui la fera plus belle,
Donarem une violeta                          Nous donnerons une violette
De fin aur en sanhal d'onor.                D'or fin en signe d'honneur.)

TOULOUSE, le 3 mai 1324,
   
      Pour la première fois, Troubadours, Trouvères et Ménestrels, venus de tous pays, s'affrontent dans une joute poétique en langue d'oc.
      Une violette d'or récompense le lauréat.

      En 1345, s'ajoute l'Eglantine pour des sujets plus variés ( sonnets) et, en 1351, la Gauch (souci) réservé à la poésir légère ( idylles, élégies, ballades).

      En 1356,  le Chancelier Guillaume Molinier fixe, dans un important ouvrage, les règles de la rhétorique et de l'art poétique.
      Le siècle s'achève sur les derniers lauréats en langue d'oc.

1515,
     

      A la suite d'un différent ( sans doute financier) entre les Capitouls et la Compagnie du Gai Savoir, celle-ci change de nom et devient " La Compagnie des Jeux Floraux", en référence aux jeux floraux célébrés à Rome en l'honneur de la Déesse Flore. Elle se place sous le patronage de CLEMENCE ISAURE, bienfaitrice et inspiratrice des poètes. Une Dame qui aurait légué tous ses biens à la ville à condition que les Jeux Floraux y soient organisés chaque année. L'existence de cette dame n'est en rien avérée, elle aurait vécu au siècle précédent. Vérité ou légende ?...


1694,

     Sous l'impulsion de Simon de La Loubère, la Compagnie des Jeux Floraux devient l'ACADEMIE DES JEUX FLORAUX, nom qu'elle a gardé jusqu'à aujourd'hui. Elle se place sous la protection de Louis XIV. Le Roi édicte les statuts de la nouvelle académie. La Langue d'Oc est remplacée par le français. Ses mainteneurs (2) pensent-ils ainsi concurrencer la toute jeune Académie Française?


     RONSARD, CHATEAUBRIAND, FABRE d'EGLANTINE ( à qui l'on doit le calendrier républicain), VICTOR HUGO et nombre d'autres poètes tout aussi prestigieux ont été récompensés par l'Académie des Jeux Floraux.

     Grâce au poète provençal, Frédéric MISTRAL, qui, avec le Félibrige, réintroduisit la langue d'oc, l'Académie soutient la promotion de l'occitan.


Depuis 1894, l'Académie des Jeux Floraux se réunit à l'Hôtel d'Assézat, sous la statue de Clémence Isaure.


Enfin, notons que la première femme élue mainteneur fut Lise Enjalbert, en 2005.





(2) mainteneur : membre de l'Académie.

Par Patricia Vignaux-Sismondini - Publié dans : actualité - Communauté : LA VITRINE DU LIBRAIRE
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Mardi 20 octobre 2009
      PRAGUE commémore cette année, le 400ème anniversaire de la mort de Rabbi LOEW, Grand Rabbin du Royaume de Bohême et de Prague.

    De nombreuses manifestations sont organisées en son honneur. La plus importante étant "Chemin de la Vie", qui se tient au château de Prague jusqu'au 8 novembre.

     L'esprit de Rabbi Loew est toujours présent dans le quartier juif de la capitale tchèque, ville où le peuple juif forme une composante essentielle du creuset culturel.

     Associé à travers le monde à la légende du Golem, Rabbi Loew est davantage connu sous le nom de Maharal, acronyme de sa dénomination en hébreu ( Maharal : abréviation de Marenou HaRav Loew: notre enseignant le Rabbi Loew).

     On peut voir sa tombe dans le vieux cimetière juif de Prague.


RABBI LOEW.

     YEOUDA LOEW BEZABEL nait à Poznan, en Pologne, en 1525 ou 1526, dans une famille de Rabbin, installée en Europe depuis les persécutions
dont les Juifs sont victimes en Europe occidentale.

     Il est le fils cadet de Rabbi Bezabel (Loew). Son oncle est Grand Rabbin du Saint Empire. Son frère aîné, Chaïm de Friedberg est un célèbre talmudiste.

     On dit que la famille de Rabbi Loew descend du Roi David.

En 1544,
 il épouse Perla Shmelkes. Ils auront sept enfants ( six filles et un garçon).

En 1553,
ses études théologiques terminées, il devient Rabbin de Moravie. Au cours de ce rabbinat, il développe l'étude du Talmud dans toute la province. Il s'investit également dans les affaires communautaires en modifiant les statuts sur les élections et sur la fiscalité.

En 1588,
il remplace Isaac Hayot, à Prague.

En 1591,
il est reçu par l'Empereur Rodolphe II de Habsbourg. Si l'objet de cette rencontre fut tenu secret, une chose est sûre: l'Empereur, sous l'influence de son épouse et du clergé, avait décidé l'expulsion des Juifs; or, après son entretien avec le Maharal, le décret fut annulé.

De 1597 et jusqu'à sa mort, en 1609,
il est le Grand Rabbin du Royaume de Bohême et de Prague.

     Penseur, pédagogue et érudit respecté, il est l'un des plus grands Aharonin (1). Et, encore aujourd'hui, plusieurs courants du judaïsme se réclament de son héritage.

     Il se passionne également pour les sciences profanes et en particulier pour les mathématiques et l'astronomie; affirmant "qu'en aucun cas la Torah et la science ne peuvent être en conflit, puisque leur domaine n'est pas le même."

     Il entretient des liens étroits avec l'astronome danois Tycho BRAHE, dit " le Noble danois", bien connu   pour avoir établi un catalogue précis des étoiles. Rappelons qu'à cette époque, l'assistant de cet astronome n'est autre que Johannes Kepler.

     Grand défenseur de la littérature rabbinique allégorique, Rabbi Loew révolutionne les méthodes d'enseignement dans les Yeshivot (2) en insistant sur l'ordre d'apprentissage des textes sacrés. En premier: la Torah (3), ensuite: Mishna (4) et enfin: Guemana (5); chacun de ces textes servant à comprendre le précédent. Parallèlement, il entreprend un immense travail de défense de la Torah orale, notamment dans son traité "Beer Hagola" ( "Le Puits de l'Exil"), pour rétablir les valeurs essentielles du judaïsme.

     On doit à Rabbi Loew, la légende du Golem, célèbre dans la culture juive d'Europe de l'Est.

     Le Golem, statue d'argile à laquelle le Rabbin aurait insufflé la vie afin qu'il protège la communauté juive de Prague contre les progroms. La légende raconte que Dieu aurait demandé au Maharal de créer " un second Adam". Son corps serait entreposé dans la Genizah ( entrepôt des vieux manuscrits hébreux).

     Le jeudi 7 septembre 1609 ( ou 18 eloul 5369 selon le calendrier hébraïque), le Maharal meurt. Il est enterré,  au côté de son épouse, dans le vieux cimetière juif de Prague.

     Rabbi Loew représente une figure de premier plan dans le judaïsme. Il a été un des plus grands érudits de cette Europe du début du XVIIème siècle.


(1):Aharonim ( les derniers): principaux Rabbins décisionnaires religieux du XIVème siècle jusqu'à nos jours;
(2) Yeshivot: ( pluriel de yeshiva): centre d'étude de la Torah et du Talmud dirigé par un Rabbin;
(3) Torah: terme employé pour désigner l'ensemble des textes légaux, éthiques et religieux fondant le judaïsme;
(4)Mishna: compilation écrite des lois orales juives - 1er ouvrage de la littérature rabbinique;
(5) Guemara: ouvrage rédigé en araméen - commentaire de la Mishna. La Mishna et la Guemara constituent le Talmud ( compilation des discussions rabbiniques se rapportant à la législation, aux coutumes et à l'histoire ).

Par Patricia Vignaux-Sismondini - Publié dans : biographie - Communauté : LA VITRINE DU LIBRAIRE
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Vendredi 9 octobre 2009
( Morisque: population musulmane convertie au catholicisme)


        Le 22 septembre 1609, sur le conseil de son Ministre, le Duc de Lerma (1), Philippe III de Habsbourg, Roi d'Espagne, signe le décret d'expulsion des Morisques.

        Cette loi oblige les Espagnols d'origine musulmane, convertis de force au catholicisme ( à l'initiative de Jimènez (2)) par le décret des Rois Catholiques du 14 février 1502, à quitter le territoire espagnol.
.    Plus d'un siècle après sa conversion, cette population d'environ 500 000 âmes ( sur 8 millions d'habitants que compte alors l'Espagne); composée d'Arabes, de Berbères mais aussi d'Ibères et de Goths, est chassée, dans des conditions inhumaines, pour mener à bien le processus d'homogénéisation commencé en 1492 avec l'expulsion des Juifs.

     



      L'expulsion des Morisques dans l'ensemble des royaumes espagnols se prolongera jusqu'en 1614.








1492,

      Une date que les uns célèbrent dans l'allégresse mais que les autres commémorent avec émotion.

-2 janvier: les Rois Catholique entrent dans Grenade, enfin conquise. C'est la fin d'une longue coexistence entre Juifs, Chrétiens et Musulmans.

-31 mars: par le Décret de l'Alhmabra, les souverains espagnols décident d'expulser les Juifs d'Espagne,

-12 octobre: Christophe Colomb "découvre" l'Amérique. Les Indiens vont être les victimes des nouveaux conquérants. Au nom de l'évangélisation et de la vérité religieuse, les Conquistadors, sûrs de leur supériorité raciale, vont piller et s'approprier les terres des indigènes.

Et, enfin,

Les Morisques, convertis de force au catholicisme, vont être contraints de pratiquer leur religion en secret.

      Car, si l'évangélisation de la population maure a commencé en douceur, elle va très vite se transformer en mesures coercitives destinées à effacer toutes traces de culture et de religion islamique.

      Les pressions de l'église catholique font très vite oublier à Isabelle et à Ferdinand la promesse faite aux vaincus de pouvoir exercer librement leur culte.

      En 1525, toutes les mosquées sont transformées en églises. La répression envers les Morisques est si violente que ceux-ci se révoltent et prennent les armes en 1568. A Grenade, la Rébellion des Alpujarras (3) durera jusqu'en 1571.

POURQUOI CET ACHARNEMENT?

      Les Morisques sont, comme les autres Espagnols, un mélange de Celtes-ibères, de Wisigoths et de Berbères. Depuis 8 siècles, ils vivent, comme leurs ancêtres, dans un climat de compromis et de respect entre les religions et les coutumes. Ils sont médecins, artisans, agriculteurs ou maçons... Aussi, en dépit de l'instauration d'une Religion d'Etat  et du baptême qu'on leur a imposé, ils pensent pouvoir continuer à vivre dans ce pays, leur pays; sur leurs terres et selon leurs traditions...

<-Philippe III d'Espagne


Mais, en 1568, le souverain espagnol craint que le puissant Islam; géographiquement très proche, ne vienne au secours de cette minorité opprimée. La rébellion des Alpujarras, menée par les Morisques grenadins ne fait qu'aggraver cette situation. Ils sont soupçonnés de complicité avec les Turcs, avec les Barbaresques ( qui pillent périodiquement le littoral espagnol) et même avec les Français.

     En 1581, les Morisques de Grenade sont frappés d'expulsion vers l'Aragon, la Castille et l'Estrémadure en punition de leur rébellion.

      Alors que bon nombre d'ecclésiastiques défendent la possibilité de laisser le temps pour qu'une conversion totale aboutisse, option soutenue par  Rome; l'Inquisiteur de Valence, quant à lui, prône une solution plus radicale: l'expulsion.

      Et, en 1608, le Conseil d'Etat commence à envisager ce choix. Il précise que les biens et les terres de la communauté morisque seront confisqués.

La population morisque:

                                                                             
Les Morisques représentent:
                                                                             - en Aragon: plus de 20% de la population,
                                                                             - à Valence: 33% de la population,
                                                                             - en Castille, la situation est différente; Morisques et Mudéjars rassemblés ne sont qu'environ 100 000. En raison de cette proportion inférieure, mais aussi d'une expérience positive et pluriséculaire, la cohabitation y est mieux implantée.

L'expulsion des Morisques:

Le 22 septembre 1609, le décret d'expulsion est signé. Il est décidé de commencer ce processus par Valence.
      Dès avant sa publication, les Tercios ( redoutables fantassins espagnols), rappelés d'Italie, prennent position au nord et au sud de la ville afin de contenir d'éventuelles révoltes.

     Il est permis aux Morisques de prendre tout ce qu'il peuvent emporter, mais leurs maisons et leurs terres seront confisquées et octroyées à leurs seigneurs, sous peine de mort en cas d'incendie ou de destruction avant le transfert des biens. Les grands bénéficiaires de ces mesures sont le Duc de Lerma et ses partisans.

     A partir du 30 septembre, ils sont menés dans les différents ports du royaume pour être embarqués vers l'Afrique du Nord, Oran, Tunis... Les autorités espagnoles poussent parfois le cynisme jusqu'à leur faire payer leur voyage...

     En 1610, c'est au tours des Morisques de Séville, de Grenade, d'Estrémadure et d'Aragon d'être expulsés.

     En Castille, l'application de la mesure est une tâche plus ardue en raison de l'éparpillement de la population après la rébellion des Alpujarras. L'expulsion s'étale sur près de 3 ans - de 1611 à 1614-.

     Cette expulsion aura des conséquences économiques et démographiques désastreuses pour l'Espagne; elle prive brutalement le royaume de bras et de cerveaux, notamment dans les domaines de la médecine, du commerce, de l'artisanat et de l'agriculture.

La "Limpieza de sangre":

     L'expulsion des Morisques, un siècle après celle des Juifs, illustre la montée la montée de l'intolérance en Espagne. Au nom de la "Limpieza de sangre" ( pureté du sang), un concept qui s'est développé en Espagne et au Portugal dès le XVème siècle; Juifs et Morisques vont être les victimes d'une institution abominable: l'Inquisition.

     La " pureté du sang", passeport ethnique accordé aux Chrétiens dénués de toutes ascendance maure ou juive, permet d'accéder aux principales institutions civiles et religieuses espagnoles. Elle développe l'idée d'une nation " pure" ayant une unicité fondée sur la religion.

     -" Il n'existe pas plus de deux pays dans le monde: celui des bons et celui des méchants.     Tous les bons, qu'ils soient Juifs, Maures, Chrétiens ou autres, font partie d'un même pays, d'une même maison, d'un même sang."

     Ce texte écrit par Fadrique Furio Ceriol (4), un courageux Valencien qui brave l'Inquisition, est imprimé, à Anvers, en 1559.
     Il mérite, aujourd'hui encore, d'être relu, médité et enseigné.


-(1) Duc de Lerma: Francesco Gomez de Sandoval y Rojas; Duc de Lerma: Ministre et favori de Philippe III d'Espagne,
-(2) Jimènez: Francisco Jimènez de Cisneros est un Cardinal réformateur religieux espagnol. Proche conseiller d'Isabelle la Catholique, il fut à diverses reprises Régent,
-(3) Alpujarras: région montagneuse située entre Grenade et Almeria sur les flancs sud-est de la Sierra Nevada,
-(4) Fadrique Furio Ceriol: philosophe politique espagnol du XVIème siècle.
Par Patricia Vignaux-Sismondini - Publié dans : histoire - Communauté : LA VITRINE DU LIBRAIRE
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Jeudi 17 septembre 2009

- " Marlborough s'en va-t-en-guerre, mironton, mironton, mirontaine,
    Marlborough s'en va-t-rn-guerre, ne sait quand reviendra..."

                   ( le Duc de Marlborough ->)


    

      Combien d'entre nous savent ou se souviennent que cette contine satirique parle d'une des batailles les plus sanglantes du XVIIIème siècle?


Nous sommes en pleine Guerre de Succession d'Espagne ( 1701-1714). Nos frontières sont menacées. La France est épuisée. L'hiver a été exceptionnellement rude et la famine sévit.


      Louis XIV, qui lutte pour asseoir son peti-fils Philippe, Duc d'Anjou, sur le trône d'Espagne depuis 1701, s'inquiète de l'évolution de ce conflit. En effet, l'armée française essuie revers sur revers. Face à cette situation critique, le vieux monarque s'humilie et sollicite la paix. Hélas, sans succès.

-" J'aime mieux faire la guerre à mes ennemis qu'à mes enfants..."  déclare-t-il.

     Il lance une souscription. Il faut en finir avec cette guerre qui affaiblit la France. Sortir de ce guêpier.  Lui-même montre l'exemple en vendant sa vaisselle en or pour réunir les fonds nécessaires à la formation d'une nouvelle armée.
C'est chose faite, en cette année 1709, le Commandement en est donné au Maréchal Claude de Villars, seul Maréchal de France à avoir, par le passé, défié le Duc de Marlborough, sans être défait.

       Ce dernier mène tout d'abord campagne dans le Piémont italien.

      A la fin de l'été 1709, le front s'est déplacé vers le nord-est de la France. La frontière franco-belge, à Malplaquet, un petit bourg situé entre Mons et Maubeuge. C'est là que les troupes françaises vont affronter celles de la coalition européenne, commandées par le Prince Eugène de Savoie et le Duc de Marlborough.

      Le Prince de Hesse-Cassel est en marche vers Mons avec 30 escadrons, bientôt rejoint par les troupes du Prince Eugène. En tout 105 000 hommes.

       Les Français ( 80 000 hommes) sont menés par les Maréchaux de Villars et de Boufflers.


Le Maréchal Claude de Villars

  
  MALPLAQUET, le 11 SEPTEMBRE 1709,

     
Ce mercredi matin, après que le brouillard se soit dissipé, c'est la confrontation.
      Les 96 bataillons d'infanterie et les 180 escadrons de cavalerie du Maréchal de Villars        affrontent les 128 bataillons d'infanterie et les 253 escadrons de cavalerie des Coalisés.

      Les premières victimes sont des civils: 57 habitants de Sars-la-Bruyère, venus assister à la messe, sont pris au piège dans leur église bombardée par les Anglais. Le Duc de Marlborough ayant décidé de la brûler pour que la fumée donne le signal de l'assaut.


  
     La bataille s'engage.
  
     S'en suit une véritable boucherie. On assiste à un ensemble d'assauts frontaux, sans coordination, inutiles et meurtriers. Un carnage.

      Durant 6 heures, les Français vont repousser la plupart de ces assauts. Le soir venu, le Maréchal de Boufflers, qui remplace de Villars, blessé, ordonne la retraite.

      20 000 Alliés et 11 000 Français s'ajoutent aux 57 civils de Sars.

      L' issue de la bataille reste indécise. Qui peut dire avoir réellement gagné la Bataille de Malplaquet ? Défaite tactique pour la France ou victoire stratégique pour la Coalition ?

      Les Coalisés austro-anglais ont subi de lourdes pertes et il n'est plus question, pour eux, d'envahir la France.

      Le vieux roi Louis XIV peut à nouveau espérer.

La guerre va se prolonger encore 3 ans. Jusqu'à la défaite des Alliés, à Denain, en 1712. Les négociations de paix aboutiront à la signature du TRAITE D'UTRECHT, en 1714. Traité par lequel, Philippe d'Anjou, petit-fils de Louis XIV, renonce , pour lui et pour sa descendance, au trône de France et est reconnu Roi d'Espagne, sous le nom de Philippe V.


( Philippe V d'Espagne)

La Guerre de Succession d'Espagne, dernière guerre de Louis XIV, permit à la France d'installer un monarque français à Madrid, Philippe V ( comme prévu par le testament de Charles II d'Espagne).
Rappelons que cette dynastie règne toujours aujourd'hui, sur l'Espagne.





                                                                                                                                                     


Par Patricia Vignaux-Sismondini - Publié dans : histoire
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Vendredi 4 septembre 2009
       Au petit matin du 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélémy (*) les cloches de l'église de Saint Germain l'Auxerrois ( à Paris) résonnent. C'est le signal: l'Amiral Gaspard de Coligny , protestant et principal Conseiller du Roi Charles IX, vient d'être égorgé, dans son lit, par les hommes du Duc de Guise. Son cadavre a été jeté par la fenêtre et livré aux exactions du peuple.

     Quand la population parisienne, réveillée par le tocsin, sort dans la rue; chacun s'en prend aux protestants de rencontre. Hommes, femmes et enfants vont être traqués, jusque dans leur lit, et mis à mort de pire façon.

 
    CE JOUR-LA, la France écrit une des pages les plus sombres de son histoire...




      Tôt le matin, au Louvre et dans les hôtels des Prince protestants, la traque aux réformés avait commencé. Deux cents nobles huguenots, venus assister au mariage d'Henri de Navarre (futur Henri IV) et de Marguerite de Valois ( soeur du Roi) ont été massacrés. Henri de Navarra et Henri de Condé, Princes du Sang, ne furent épargnés qu'à la condition qu'ils abjurent.

      Tous les contemporains insistent sur le caractère inattendu, d'une fureur incroyable, brusquement surgie du peuple et impossible à contrôler. De nombreux témoignages rapportent l'acharnement des Parisiens. Durant 5 jours, on massacre. Les corps des victimes sont dénudés, décapités, émasculés et traînés dans la boue. Au passage, on en profite pour piller les biens des massacrés.

Pourquoi ce déchaînement de haine ?

      En cette fin du mois d'août, un mois d'août particulièrement torride, Paris est surpeuplée en raison des noces princières. Le peuple parisien, profondément catholique, n'accepte pas la présence des gentilshommes protestants venus assister à ces noces. Depuis plusieurs jours, la colère populaire est attisée par les sermons violemment antiprotestants dans les églises. Les curés y dénoncent " l'accouplement exécrable" entre Marguerite de Valois et Henri de Navarre. Des pamphlets annoncent la colère de Dieu pour punir cette union. On raconte même, dans la rue, que le roi lui-même " veut se faire huguenot".

     En outre, les récoltes ont été mauvaises et la hausse des prix accentue la haine.

     A noter que les assassins n'appartiennent pas uniquement aux classes populaires; la bonne bourgeoisie parisienne, catholique et " zélée" participe activement au massacre.

     Le Roi lance des appels au calme, mais ils ne sont pas entendus. Plus personne n'est en mesure de contrôler la situation.

     Le 26 AOUT, il se rend au Parlement pour expliquer qu'il a du ordonner la mort des Chefs protestants afin d'empêcher une conjuration et le 27, il fait diffuser une déclaration dans laquelle il explique que l'exécution de son Conseiller, l'Amiral de Coligny, a eu lieu sur ordre royal. Il prend ainsi, officiellement, la responsabilité des évènements.

     LE 29 AOUT, Paris retrouve son calme. Cependant, le massacre des protestants par les catholiques s'est étendu et durant trois mois, de nombreuses villes de province vont connaître des violences sanglantes.
     On évalue le nombre total des victimes, dans l'ensemble du pays, à plus de 30 000 ( plus que sous la Commune en 1871).

     Cette tragédie résulte d'un enchevrêtrement complexe de facteurs multiples, aussi bien religieux et politiques que sociaux. Elle est le résultat d'une sauvage réaction populaire, ultra-catholique et hostile à la politique royale d'apaisement.
     Elle reflète également les tensions internationales entre les royaumes d'Espagne et de France, aggravées par l'insurrection des Pays-Bas.

LES ORIGINES DU DRAME :

      Depuis 10 ans, les Guerres de Religions ensanglantent la France. Depuis l'apparition des mouvements calvinistes, le pays vit continuellement dans les tensions religieuses. les protestants exigeant les mêmes droits que les catholiques pour exercer leur religion tandis que les curés excitent la haine du peuple. Chaque sermon est un appel à la violence.

     A Paris, le pouvoir est disputé entre les principaux conseillers du Roi:
- les Guise, catholique intransigeants,
- la Reine-mère, Catherine de Médicic,
- et Gaspard de Coligny, protestant.
     A cela, vient s'ajouter les intrigues entre grandes familles ambitieuses, notamment les Bourbon et les Montmorency.

     EN 1570, LE TRAITE DE SAINT GERMAIN instaure la paix et met fin à la 3ème Guerre de Religion. Une paix qui, bien que boiteuse, rend possible la coexistence pacifique entre les deux bellégérants. Pour sceller cette paix, Catherine de Médicis décide de marier sa fille Marguerite de Valois au jeune prince protestant Henri de Navarre. Une union laborieusement négociée entre la Reine-mère et Jeanne d'Albret, reine de Navarre.

    LE MARIAGE A LIEU LE 18 AOUT 1572.

     Si durant les mois précédents, les Princes réformés ont préféré se tenir éloignés de la Cour craignant d'être assassinés, les voici réunis, à Paris, pour assister aux noces princières.

     Le peuple de Paris n'admet pas que le roi donne pour époux à sa soeur le Chef de file des Protestants.

     Le mariage princier n'est accepté ni par les Princes catholiques, ni par le Pape. Un Pape qui refuse de conner son accord pour célébrer cette union et il faut toute l'habilité de Catherine de Médicis pour contraindre le Cardinal de Bourbon d'unir les époux. Le Roi d'Espagne, Philippe II, condamne vigoureusement la politique de la Reine-mère. Quand au Parlement de Paris, il décide de bouder la cérémonie.
     De plus, la rumeur d'une prochaine guerre contre l'Espagne court. Il est vrai que depuis plusieurs mois, Coligny tente de convaincre Charles IX d'envahir la Flandre, possession espagnole. Les Guise et le Duc d'Anjou, frère du Roi, sont hostiles à ce projet et Catherine de Médicis ne veut pas davantage d'une guerre avec Philippe II.

LE MATIN DU 22 AOUT, soit quatre jours après le mariage, un capitaine gascon blesse Coligny de 2 coups d'arquebuse. Le Roi se rend au chevet de son Conseiller. Celui-ci l'abjure de ne pas chercher à le venger, car, dit-il, toute enquête compromettrait le difficile équilibre entre les deux camps religieux.

   On a toujours accusé Catherine de Médicis d'être le commanditaire de cet attentat. Mais, il est plus vraisemblable que les Guise et derrière eux l'Espagne ( Philippe II, son ambassadeur à Paris Zuniga et le Duc d'Albe) en soient les véritables responsables.

     Ce qui est sûr, c'est que cet attentat, même raté, attise l'inquiétude  légitime des Protestants. Aussi réclament-ils justice ...


LE 23, le bruit court d'une conjuration protestante...




Catherine de Médicis craint-elle d'être débordée par les Chefs catholiques qui reprochent à la monarchie de trop ménager les Huguenots ? Peut-être... Tans est si bien, qu'elle s'attache à convaincre Charles IX de donner l'ordre d'éliminer ceux-ci " jusqu'au dernier et qu'on en parle plus"...












"LA RAISON D'ETAT" ou une monarchie fragilisée.

     Si pour beaucoup de catholiques, la Saint-Barthélémy ne fut que l'accomplissement d'un commandement de Dieu au souverain; par cette violence homicide, décidée au sommet de l'Etat, et quels qu'en fussent les initiateurs, le pouvoir monarchique est désacralisé.

Pour la 1ère fois, un Roi, institué par Dieu pour l'ensemble de ses sujets. Un Roi protecteur de son peuple et intouchable parce que situé au-dessus des partis, un  Roi ordonne le massacre d'une partie de son peuple en invoquant l'imminence d'un péril pour justifier ce massacre. Ainsi Charles IX met en pratique une notion nouvelle du pouvoir, signe d'une monarchie fragilisée: " LA RAISON D'ETAT".


     Dès 1589, l'Italien Giovanni Botero montre dans son " De la raison d'état", traduit en français dès 1599, la nécessité pour un détenteur du pouvoir de recourir à cette stratégie pour réduire d'urgence un péril menaçant l'autorité en place.


EN EUROPE, le massacre de la Saint-Barthélémy suscite partout une vive émotion,

     - à Rome: le Pape se félicite,
     - en Espagne: le très austère Philippe II ne parvient pas à retenir sa joie et fait chanter un Te Deum,
     - en Angleterre, Elisabeth 1ère prend le deuil. Mais, bien que consternée par l'évènement, elle conserve ses relations avec la France car les deux pays en ont besoin pour tenir tête à l'Espagne.

ET EN FRANCE ?
    Par la déclaration royale, les Catholiques prennent conscience de leur force politique. De nombreux pamphlets huguenots dénoncent, par le texte et par l'image, la barbarie catholique et royale. Ils remontent une armée. Les Guerres de Religion reprennent...

       LE 24 AOUT 1572, jour le plus sanglant des Guerres de Religion qui déchirent le royaume, est devenu LE SYMBOLE UNIVERSEL DU FANATISME...

                                                                                        ....


POINT DE REPERE: Massacres similaires: les Mâtines de Bruges et les Vêpres siciliennes.


(*) SAINT BARTHELEMY: Barthélémy est, selon la Bible, l'un des douze apôtres accompagnant Jésus Christ. La tradition l'identifie au Nathanael cité dans l'Evangile selon Jean. Il aurait évangélisé l'Arabie, la Perse et l'Inde avant d'être martyrisé ( sur la croix ou écorché ?) en Arménie. Enfin, il serait à l'origine de l'église orthodoxe arménienne.
Par Patricia Vignaux-Sismondini
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