Les fêtes de Noël et de Nouvel An viennent de se terminer. Réunis autour de la brioche ou de la galette, nous avons tiré les Rois. Il est temps maintenant de défaire le sapin et de ranger la crèche. Avec un peu de nostalgie, nous emballons soigneusement la Sainte Famille, l’âne, le bœuf et tous les personnages de la Nativité.
Nos santons vont s’endormir pour un an…
(Santons : petits saints en Provençal)
Dieu est-il Provençal ? Les avis sont partagés ; mais toujours est-il que, c’est ici, au pied des collines bleutées du Luberon, dans les pinèdes ou les rochers de Méditerranée, que Noël a pris ses quartiers. Nulle région française ne célèbre avec autant de ferveur et d’affection la naissance du Christ et le solstice d’hiver.
Hommage du profane au sacré ?
Ils sont tous là petits ou grands santons, acteurs figurant un village provençal et ses métiers traditionnels. Tout ce petit monde, muni de son présent pour l’Enfant ésu ou lou tant bèu pichot (l’enfant Jésus ou le si bel enfant), fait route vers l’étable, la crèche abritant le nouveau-né, la Santa Vierge (Vierge Marie), San Jousé (Saint Joseph) ainsi que lou biou (le bœuf) et l’ase (l’âne) qui réchauffent l’enfant de leur souffle.
L’histoire nous informe que les premiers santons furent des figurines votives, en argile, en pierre ou en bronze, fabriquées à l’époque romaine. Sur les sarcophages paléo-chrétiens apparaissent des scènes de la Nativité.
Dès le 13ème siècle, la crèche, venue d’Italie, envahit la Provence.
Ce serait Saint François d’Assise qui, en 1223, dans son église de Greccio (Abruzzes) aurait mis en scène la naissance de Jésus. Il est vrai que la mère du Saint était native de Tarascon.
Les personnages étaient alors joués par les gens du village, les animaux bien vivants. Coutume qui se perpétue encore aujourd’hui.
Au 16ème siècle, la crèche ressemblant à celle que nous connaissons fait son apparition dans les églises. Les personnages sont en bois ou en faïence.
Les crèches familiales attendront la fin du 17ème siècle. Elles sont l’œuvre de verriers vénitiens installés à Nevers. Mais, trop coûteuses, seuls les plus riches peuvent en posséder.
La Révolution Française ferme les églises et interdit la messe de minuit. C’est alors qu’en Provence, on se met à fabriquer des petites personnages en argile, les santons, afin que chaque foyer puisse célébrer Noël. Ces santons représentent les différents métiers typiquement provençaux. Ils sont vêtus en costume régional, chaque personnage a son histoire.
La crèche provençale est une étable surmontée d’une étoile, elle abrite la Sainte Famille. Elle se situe un peu à l’écart du village dans un paysage comportant une colline, une rivière, un pont et des oliviers. Viennent les Rois Mages apportant l’or, l’encens et la myrrhe ainsi que il pàstres (les bergers). Derrière eux se trouvent les habitants du village, entourant le curé (souvent bedonnant et chauve) et le Maire.
Enfin, terminons notre voyage au pays des Santons par cette coutume : le soir de Noël, le Chef de famille jette dans la cheminée une grosse bûche arrosée de vin cuit et lance :
- « A l’an que ven ! E se siam pas maï, siéguen pas men… » (A l’An qui vient ! Et si nous ne somme pas plus que nous ne soyons pas moins… ».
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