Vendredi 6 novembre 2009

          La saison des Prix Littéraires bat son plein, récompensant des écrivains de talent ou couronnant l'ensemble d'une oeuvre.
          Mais savez-vous, qu'il y a bientôt sept siècles, fut créé, à Toulouse, le premier concours littéraire d'Europe sinon du monde?

          L'ACADEMIE DES JEUX FLORAUX.


DU "GAI SAVOIR" à l'ACADEMIE DES JEUX FLORAUX.

      A la Toussaint 1323, à peine un siècle après la croisade contre les Albigeois qui a ensanglanté le Midi de la France; à Toulouse, sept poètes que l'on nomme les " Sept Troubadours", décident, sous l'impulsion de Bernard de Panassac, de renouer avec le lyrisme courtois fait de tendresse et de passion. Ils fondent " Le Consistori del Gay Saber"  ( Consistoire du Gai Savoir). Ils se réunissent avec les Capitouls (1) pour créer un concours de poésie, une oeuvre poétique en Langue d'Oc.

 (1) Capitouls : élus constituant le Conseil Minuciipal; leurs attributions étaient non seulement administratives mais également judiciaires et militaires.




- " Per que nos set, segon la corps   - ( Ce pourquoi nous Sept, selon le cours
Dels trobadours qu'en son passat          Des troubadours du temps passé
Haven a nostra coluntat                       Avons à notre volonté
Il loc miravilhos e bel                          Un endroit merveilleux et beau
On so retrayt mant di noel                   Où l'on récite ùaint dit nouveau
El pus dels dimanges de l'an                 La plupart des dimanches de l'an
...
E per mays e miels enantir                   Et pour plus et mieux avancer
Lo saber qu'es tan ricz e cars                Le savoir si riche et qui nous est cher,
Fram vos saber que totz affars             Vous faisons savoir que toutes affaires
E tot negocis delayshatz                      Et toutes occupations cessantes
El dit loc serem, si Dieu platz               Nous serons audit lieu, s'il plaît à Dieu,
Lo prumer jorn del mes de mays          Le premier jour du mois de mai,
...
E per tal que miels s'alezer                   Et afin que pour mieux se réjouir
Cascus en far obra plazen                    Chacun en fasse oeuvre plaisante,
Dizem que per dreyt jutjamen              Nous disons que par droit jugement
A cel que la fara plus neta                   A celui qui la fera plus belle,
Donarem une violeta                          Nous donnerons une violette
De fin aur en sanhal d'onor.                D'or fin en signe d'honneur.)

TOULOUSE, le 3 mai 1324,
   
      Pour la première fois, Troubadours, Trouvères et Ménestrels, venus de tous pays, s'affrontent dans une joute poétique en langue d'oc.
      Une violette d'or récompense le lauréat.

      En 1345, s'ajoute l'Eglantine pour des sujets plus variés ( sonnets) et, en 1351, la Gauch (souci) réservé à la poésir légère ( idylles, élégies, ballades).

      En 1356,  le Chancelier Guillaume Molinier fixe, dans un important ouvrage, les règles de la rhétorique et de l'art poétique.
      Le siècle s'achève sur les derniers lauréats en langue d'oc.

1515,
     

      A la suite d'un différent ( sans doute financier) entre les Capitouls et la Compagnie du Gai Savoir, celle-ci change de nom et devient " La Compagnie des Jeux Floraux", en référence aux jeux floraux célébrés à Rome en l'honneur de la Déesse Flore. Elle se place sous le patronage de CLEMENCE ISAURE, bienfaitrice et inspiratrice des poètes. Une Dame qui aurait légué tous ses biens à la ville à condition que les Jeux Floraux y soient organisés chaque année. L'existence de cette dame n'est en rien avérée, elle aurait vécu au siècle précédent. Vérité ou légende ?...


1694,

     Sous l'impulsion de Simon de La Loubère, la Compagnie des Jeux Floraux devient l'ACADEMIE DES JEUX FLORAUX, nom qu'elle a gardé jusqu'à aujourd'hui. Elle se place sous la protection de Louis XIV. Le Roi édicte les statuts de la nouvelle académie. La Langue d'Oc est remplacée par le français. Ses mainteneurs (2) pensent-ils ainsi concurrencer la toute jeune Académie Française?


     RONSARD, CHATEAUBRIAND, FABRE d'EGLANTINE ( à qui l'on doit le calendrier républicain), VICTOR HUGO et nombre d'autres poètes tout aussi prestigieux ont été récompensés par l'Académie des Jeux Floraux.

     Grâce au poète provençal, Frédéric MISTRAL, qui, avec le Félibrige, réintroduisit la langue d'oc, l'Académie soutient la promotion de l'occitan.


Depuis 1894, l'Académie des Jeux Floraux se réunit à l'Hôtel d'Assézat, sous la statue de Clémence Isaure.


Enfin, notons que la première femme élue mainteneur fut Lise Enjalbert, en 2005.





(2) mainteneur : membre de l'Académie.

Par Patricia Vignaux-Sismondini - Publié dans : actualité - Communauté : LA VITRINE DU LIBRAIRE
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