"LoChaple de Besièrs" ou " Grand Masèl" ( sac de Béziers ou Grand massacre en Occitan) fut une opération particulièrement meurtrière de la
Croisade des Albigeois et de l'Histoire de France.
La prédication pour lutter contre les Cathares s'est révélée être un échec. L'assassinat de Pierre de Castelnau, le 14 JANVIER 1208, a servi d'excuse ( ou de
raison) au Pape Innocent III pour
lancer la Croisade contre les Cathares.
En juin 1209, Raymond VI, Comte de Toulouse, soupçonné de protéger les " hérétiques" fait "amende honorable" à Saint-Gilles et accepte de prendre la Croix.
Tout comme le Comte de Toulouse, Raimond-Roger TRENCAVEL, Vicomte de Béziers, d'Albi, de Razès et de Carcassonne, pensait que le serment de St-Gilles allait rendre la
Croisade sans objet. L'irruption des Croisés en Bas-Languedoc le ramena à la réalité.
Quand l'Armée du Nord arrive à Montpellier, le jeune Vicomte tente de négocier avec Arnaud Amaury, Abbé de Citeaux et Légat du Pape. Il jure même son attachement à la
foi romaine. Mais rien d'y fait, Arnaud AMAURY exige une soumission totale. Raimond-Roger Trencavel refuse jugeant l'exigence inacceptable.
ALORS,
L'Armée des Croisés se met en marche vers Béziers...
..." Béziers était certes une ville remarquable mais toute entière infectée par le poison de la dépravation héritique. Non seulement ses habitants étaient hérétiques,
mais ils étaient les derniers des voleurs, injustes, larrons, remplis de toutes sortes de péchés..."
Cette phrase par laquelle Pierre des Vaulx de Cernay introduit son récit du sac de Béziers, donne la mesure des sentiments haineux qui animent l'Armée
du Nord. Tant de haine doit-elle surprendre? Non. Quand on songe que cette croisade n'était pas une guerre comme les autres et qu'il s'agissait, pour ces seigneurs venus du nord de la Loire, de
vaincre et de conquérir le midi de la France.
Partie de Montpellier, le 20 juillet, les avant-gardes catholiques arrivent le 21 sous les murs de Béziers. Les esprits sont chauffés à blanc, la fatigue stimule la
haine. Les autorités religieuses n'ont plus besoin de soutenir l'ardeur des combattants. Elles cherchent au contraire à l'endiguer. Mais la folie meurtrière s'est emparée des hommes.
La journée du 22 JUILLET n'annonçait rien de bien particulier. L'Armée du Nord campe devant Béziers. Elle se prépare à un long siège. La ville est
solidement fortifiée et ses habitants pourvus en eau et vivres en abondance. Il fait très chaud.
Renaud de Montpeyroux, Evêque de Béziers tente une ultime médiation à laquelle Arnaud Amaury répond par un ultimatum: ordre est de livrer aux Croisés tous les
hérétiques sous peine de partager leur sort et de périr avec eux.
-" Mieux vaut être noyés dans la mer plutôt que d'accepter de telles conditions."
Telle est la réponse donnée par les Biterrois. Dans un élan commun, la population et les Consuls refusent de se désolidariser de leurs concitoyens jurant de faire cause commune avec eux jusqu'à la
dernière extrémité. Seuls l'Evêque et quelques Catholiques quittent la ville.
Acte de courage et de solidarité certes, mais urtout décision politique: Béziers ne veut pas se soumettre et tomber sous la coupe de la féodalité conquérante et ainsi
perdre sa liberté et son identité.
L'ordre d'attaquer est donné. Les Croisés s'engouffrent par les portes trucidant les défenseurs, escaladent les murailles et se répandent dans Béziers. Dans les rues de la
ville, c'est la panique. Les hommes courent aux armes. Le tocsin sonne. Les femmes hurlent et se réfugient dans les églises. Les prêtres revêtent leurs habits sacerdotaux. Mais rien ne peut les
sauver, ni croix, ni autel. Juifs et Clercs catholiques, chanoines, femmes et enfants sont massacrés sans pitié. Les Croisés, fous de fanatisme, égorgent leurs victimes, indifférents à leur sexe, à
leur âge.
C'est dans ce climat de furie que le Légat Arnaud Amaury, consulté sur les moyens de distinguer les catholique des cathares, aurait dit cette phrase terrible:
-" Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens."
Au terme de cet horrible massacre, Béziers, pillée, dépouillée, est incendiée. Tout brûle, le feu n'épargne aucune habitation, aucune église, aucun être
encore vivant. Le soir, la cité n'est plus qu'un amas de ruines fumantes. Le Comte de Toulouse, Raymond VI, resté en retrait pendant l'assaut, pleure...
Dans son bulletin de victoire adressé au Pape, Arnaud Amaury écrit:
-"Les nôtres ont fait périr par l'épée à peu près 20 000 personnes."
L'auteur de la " Chanson de la Croisade albigeoise" note quant à lui:
-" Ce meurtre et tuerie furent la plus grande pitié qu'on ait vue et entendue... Que Dieu reçoivent leurs âmes en Paradis, s'il lui plaît! Car, jamais depuis le
temps des Sarrazins, pareil carnage ne fut exécuté."
Dans les rangs des Croisés, aucun remord si ce n'est de ne pas avoir récupérer le formidable butin parti en fumée..."Un butin immense et merveilleux... Si les Français et les
Normands l'eussent fait, ils auraient été riches pour le restant de leur vie..."
Le sac et l'incendie de Béziers a épouvanté les Languedociens. Durant leur marche vers Carcassonne, les Croisés trouvent le pays abandonnée. Les habitants se cachent
dans les montagne. Incontestablement, les Croisés ont remporté une grand victoire.
Béziers se relèvera, mais elle ne jouera plus aucun rôle dans la Croisade des Albigeois.
LA QUERELLE DES CHIFFRES:
Le nombre des victimes varient d'un chroniqueur à l'autre. Sans atteindre le nombre fantaisiste de 40 000 à 60 000 évoqués par certains pour enfler l'ampleur de
ce massacre et alimenter les passions; notons simplement que l'Abbé de Cîteaux, dans son compte-rendu au Pape, parle de 15 000 morts tandis que Pierre des Vaulx de Cernay n'évoque que... 7 000
tués.
Il faut cependant rappeler que la population biterroise n'excédait pas 20 000 habitants et que seul 1 % de cette population était Cathare.