Au petit matin du 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélémy (*) les cloches de
l'église de Saint Germain l'Auxerrois ( à Paris) résonnent. C'est le signal: l'Amiral Gaspard de Coligny , protestant et principal Conseiller du Roi Charles IX, vient d'être égorgé, dans son lit,
par les hommes du Duc de Guise. Son cadavre a été jeté par la fenêtre et livré aux exactions du peuple.
Quand la population parisienne, réveillée par le tocsin, sort dans la rue; chacun s'en prend aux protestants de rencontre. Hommes, femmes et enfants vont être
traqués, jusque dans leur lit, et mis à mort de pire façon.
CE JOUR-LA, la France écrit une des pages les plus sombres de son histoire...
Tôt le matin, au Louvre et dans les hôtels des Prince protestants, la traque aux réformés avait commencé. Deux cents nobles huguenots, venus assister au mariage
d'Henri de Navarre (futur Henri IV) et de Marguerite de Valois ( soeur du Roi) ont été massacrés. Henri de Navarra et Henri de Condé, Princes du Sang, ne furent épargnés qu'à la condition qu'ils
abjurent.
Tous les contemporains insistent sur le caractère inattendu, d'une fureur incroyable, brusquement surgie du peuple et impossible à contrôler. De nombreux témoignages
rapportent l'acharnement des Parisiens. Durant 5 jours, on massacre. Les corps des victimes sont dénudés, décapités, émasculés et traînés dans la boue. Au passage, on en profite pour piller les
biens des massacrés.
Pourquoi ce déchaînement de haine ?
En cette fin du mois d'août, un mois d'août particulièrement torride, Paris est surpeuplée en raison des noces princières. Le peuple parisien, profondément
catholique, n'accepte pas la présence des gentilshommes protestants venus assister à ces noces. Depuis plusieurs jours, la colère populaire est attisée par les sermons violemment antiprotestants
dans les églises. Les curés y dénoncent " l'accouplement exécrable" entre Marguerite de Valois et Henri de Navarre. Des pamphlets annoncent la colère de Dieu pour punir cette union. On raconte
même, dans la rue, que le roi lui-même " veut se faire huguenot".
En outre, les récoltes ont été mauvaises et la hausse des prix accentue la haine.
A noter que les assassins n'appartiennent pas uniquement aux classes populaires; la bonne bourgeoisie parisienne, catholique et " zélée" participe activement au
massacre.
Le Roi lance des appels au calme, mais ils ne sont pas entendus. Plus personne n'est en mesure de contrôler la situation.
Le 26 AOUT, il se rend au Parlement pour expliquer qu'il a du ordonner la mort des Chefs protestants afin d'empêcher une conjuration et le 27, il fait diffuser une
déclaration dans laquelle il explique que l'exécution de son Conseiller, l'Amiral de Coligny, a eu lieu sur ordre royal. Il prend ainsi, officiellement, la responsabilité des évènements.
LE 29 AOUT, Paris retrouve son calme. Cependant, le massacre des protestants par les catholiques s'est étendu et durant trois mois, de nombreuses villes de province vont
connaître des violences sanglantes.
On évalue le nombre total des victimes, dans l'ensemble du pays, à plus de 30 000 ( plus que sous la Commune en 1871).
Cette tragédie résulte d'un enchevrêtrement complexe de facteurs multiples, aussi bien religieux et politiques que sociaux. Elle est le résultat d'une sauvage réaction
populaire, ultra-catholique et hostile à la politique royale d'apaisement.
Elle reflète également les tensions internationales entre les royaumes d'Espagne et de France, aggravées par l'insurrection des Pays-Bas.
LES ORIGINES DU DRAME :
Depuis 10 ans, les Guerres de Religions ensanglantent la France. Depuis l'apparition des mouvements calvinistes, le pays vit continuellement dans les tensions
religieuses. les protestants exigeant les mêmes droits que les catholiques pour exercer leur religion tandis que les curés excitent la haine du peuple. Chaque sermon est un appel à la violence.
A Paris, le pouvoir est disputé entre les principaux conseillers du Roi:
- les Guise, catholique intransigeants,
- la Reine-mère, Catherine de Médicic,
- et Gaspard de Coligny, protestant.
A cela, vient s'ajouter les intrigues entre grandes familles ambitieuses, notamment les Bourbon et les Montmorency.
EN 1570, LE TRAITE DE SAINT GERMAIN instaure la paix et met fin à la 3ème Guerre de Religion. Une paix qui, bien que boiteuse, rend possible la coexistence pacifique
entre les deux bellégérants. Pour sceller cette paix, Catherine de Médicis décide de marier sa fille Marguerite de Valois au jeune prince protestant Henri de Navarre. Une union laborieusement
négociée entre la Reine-mère et Jeanne d'Albret, reine de Navarre.
LE MARIAGE A LIEU LE 18 AOUT 1572.
Si durant les mois précédents, les Princes réformés ont préféré se tenir éloignés de la Cour craignant d'être assassinés, les voici réunis, à Paris, pour assister aux noces
princières.
Le peuple de Paris n'admet pas que le roi donne pour époux à sa soeur le Chef de file des Protestants.
Le mariage princier n'est accepté ni par les Princes catholiques, ni par le Pape. Un Pape qui refuse de conner son accord pour célébrer cette union et il faut toute
l'habilité de Catherine de Médicis pour contraindre le Cardinal de Bourbon d'unir les époux. Le Roi d'Espagne, Philippe II, condamne vigoureusement la politique de la Reine-mère. Quand au
Parlement de Paris, il décide de bouder la cérémonie.
De plus, la rumeur d'une prochaine guerre contre l'Espagne court. Il est vrai que depuis plusieurs mois, Coligny tente de convaincre Charles IX d'envahir la Flandre,
possession espagnole. Les Guise et le Duc d'Anjou, frère du Roi, sont hostiles à ce projet et Catherine de Médicis ne veut pas davantage d'une guerre avec Philippe II.
LE MATIN DU 22 AOUT, soit quatre jours après le mariage, un capitaine gascon blesse
Coligny de 2 coups d'arquebuse. Le Roi se rend au chevet de son Conseiller. Celui-ci l'abjure de ne pas chercher à le venger, car, dit-il, toute enquête compromettrait le difficile équilibre entre
les deux camps religieux.
On a toujours accusé Catherine de Médicis d'être le commanditaire de cet attentat. Mais, il est plus vraisemblable que les Guise et derrière eux l'Espagne ( Philippe II, son
ambassadeur à Paris Zuniga et le Duc d'Albe) en soient les véritables responsables.
Ce qui est sûr, c'est que cet attentat, même raté, attise l'inquiétude légitime des Protestants. Aussi réclament-ils justice ...
LE 23, le bruit court d'une conjuration protestante...
Catherine de Médicis craint-elle d'être débordée par les Chefs catholiques qui reprochent à la monarchie de trop ménager les Huguenots ? Peut-être... Tans est si bien, qu'elle s'attache à
convaincre Charles IX de donner l'ordre d'éliminer ceux-ci " jusqu'au dernier et qu'on en parle plus"...
"LA RAISON D'ETAT" ou une monarchie fragilisée.
Si pour beaucoup de catholiques, la Saint-Barthélémy ne fut que l'accomplissement d'un commandement de Dieu au souverain; par cette violence homicide, décidée
au sommet de l'Etat, et quels qu'en fussent les initiateurs, le pouvoir monarchique est désacralisé.
Pour la 1ère fois, un Roi, institué par Dieu pour l'ensemble de ses sujets. Un Roi
protecteur de son peuple et intouchable parce que situé au-dessus des partis, un Roi ordonne le massacre d'une partie de son peuple en invoquant l'imminence d'un péril pour justifier ce
massacre. Ainsi Charles IX met en pratique une notion nouvelle du pouvoir, signe d'une monarchie fragilisée: " LA RAISON D'ETAT".
Dès 1589, l'Italien Giovanni Botero montre dans son " De la raison d'état", traduit en français dès 1599, la nécessité pour un détenteur du pouvoir de recourir à cette
stratégie pour réduire d'urgence un péril menaçant l'autorité en place.
EN EUROPE, le massacre de la Saint-Barthélémy suscite partout une vive émotion,
- à Rome: le Pape se félicite,
- en Espagne: le très austère Philippe II ne parvient pas à retenir sa joie et fait chanter un Te Deum,
- en Angleterre, Elisabeth 1ère prend le deuil. Mais, bien que consternée par l'évènement, elle conserve ses relations avec la France car les deux pays en ont besoin pour
tenir tête à l'Espagne.
ET EN FRANCE ? Par la déclaration royale, les Catholiques prennent conscience de leur force politique. De nombreux pamphlets huguenots dénoncent, par le
texte et par l'image, la barbarie catholique et royale. Ils remontent une armée. Les Guerres de Religion reprennent...
LE 24 AOUT 1572, jour le plus sanglant des Guerres de Religion qui déchirent le royaume, est devenu LE SYMBOLE UNIVERSEL DU FANATISME...
....
POINT DE REPERE: Massacres similaires: les Mâtines de Bruges et les Vêpres siciliennes.
(*) SAINT BARTHELEMY: Barthélémy est, selon la Bible, l'un des douze apôtres accompagnant Jésus Christ. La
tradition l'identifie au Nathanael cité dans l'Evangile selon Jean. Il aurait évangélisé l'Arabie, la Perse et l'Inde avant d'être martyrisé ( sur la croix ou écorché ?) en Arménie. Enfin, il
serait à l'origine de l'église orthodoxe arménienne.